La Prime Ségur, mesure phare de revalorisation salariale dans le secteur public, ne profite pas équitablement à tous les agents. Alors que certains bénéficient de revalorisations substantielles pouvant atteindre 1 500 euros mensuels, d’autres se retrouvent exclus de ce dispositif. Cette disparité soulève des questions d’équité et d’éfficacité dans la fonction publique. Découvrons ensemble qui sont les véritables perdants de cette réforme et quelles en sont les conséquences pour les services publics.
Les agents de nombreux services publics restent en marge du dispositif Ségur. Cette exclusion touche principalement les fonctionnaires qui n’exercent pas directement dans les établissements de santé, sociaux ou médico-sociaux éligibles.
Les agents de l’éducation nationale, hors professeurs techniques en établissements spécialisés, ne peuvent prétendre à aucune revalorisation Ségur. Cette situation concerne plusieurs centaines de milliers d’enseignants et de personnels administratifs.
De même, les fonctionnaires territoriaux travaillant dans les services généraux des collectivités – urbanisme, état civil, finances locales – demeurent exclus du périmètre. Seuls les agents directement impliqués dans l’accompagnement social bénéficient des mesures.
Les disparités entre secteurs d’activité
Le secteur médico-social privé associatif subit des exclusions particulièrement problématiques. Certaines professions ne sont pas couvertes intégralement, créant des frustrations majeures among les équipes.
Les critères de financement restrictifs empêchent de nombreux établissements de verser cette prime, faute de ressources suffisantes allouées par les pouvoirs publics.
Quel impact financier pour les collectivités territoriales ?
Les départements font face à des charges financières colossales suite à l’extension de la Prime Ségur. En 2024, ils estiment leurs surcoûts à 170 millions d’euros, montant qui pourrait exploser à 190 millions supplémentaires en 2025.
Cette situation financière tendue pousse certains départements à réduire leurs subventions vers d’autres secteurs. En Isère, le Planning familial risque ainsi de perdre jusqu’à 30% de ses financements.
Les départements signalent un manque global de 8,5 milliards d’euros par rapport à 2021 pour leurs politiques. Cette pénurie s’explique par la non-indexation de leurs dotations sur l’inflation et la suppression de la taxe d’habitation.
Les conséquences pour les associations
Les associations du secteur social subissent indirectement les effets de la Prime Ségur. Leurs financeurs publics, contraints de financer les revalorisations salariales, réduisent mécaniquement leurs soutiens vers le tissu associatif.
Cette situation pourrait entraîner la fermeture de centres d’accueil et limiter l’accès à des services cruciaux pour les populations vulnérables.
Comment la Prime Ségur crée-t-elle des tensions internes ?
L’inéquité de traitement génère des tensions significatives au sein de la fonction publique. Les agents exclus du dispositif développent un sentiment d’injustice face aux revalorisations accordées à leurs collègues.
Cette situation remet en question l’harmonisation des politiques salariales dans le secteur public. Certains corps de métier se sentent délaissés malgré leur contribution essentielle aux missions de service public.
Les institutions doivent maintenant réévaluer leurs stratégies de gestion des ressources humaines pour garantir une répartition plus équitable des opportunités de développement professionnel.
L’impact sur la motivation des équipes
Paradoxalement, la Prime Ségur influence positivement la motivation des bénéficiaires tout en démotivant ceux qui en sont exclus. Cette dichotomie crée un climat de travail délicat dans certaines administrations.
Les agents socio-éducatifs voient leurs fonctions reconnues et valorisées, ce qui ouvre des perspectives d’évolution de carrière. À l’inverse, d’autres professionnels questionnent leur avenir dans la fonction publique.
Quelles sont les perspectives d’évolution du dispositif ?
La LFSS 2026 apporte quelques ajustements sans résoudre fondamentalement les déséquilibres. L’État a consacré son soutien pour financer la revalorisation aux personnels de la branche associative sanitaire, sociale et médico-sociale précédemment exclus.
Cependant, cette extension reste limitée et ne concerne pas l’ensemble des agents publics. Les fédérations estiment que le budget n’est pas « à la hauteur des enjeux » pour les établissements sanitaires et médico-sociaux.
L’aide à domicile demeure particulièrement négligée, sans revalorisation salariale significative ni fonds d’investissement dédié pour les structures.
Les défis de financement à venir
Le financement de la branche autonomie augmente à 43,6 milliards d’euros en 2026, mais cette progression reste insuffisante face aux besoins grandissants.
La mise en place de la contribution financière pour l’autonomie, financée par une hausse de 1,4 point de la CSG sur les produits d’épargne, constitue une première réponse aux enjeux de soutenabilité financière.
Les recommandations pour une réforme plus équitable
Une révision globale des critères d’éligibilité s’avère indispensable pour rétablir l’équité. Le gouvernement pourrait étendre progressivement le périmètre de la Prime Ségur à d’autres corps de métier essentiels.
Un mécanisme de compensation intégrale pour les collectivités territoriales permettrait d’éviter les effets d’éviction sur d’autres politiques publiques. Cette mesure protégerait notamment le secteur associatif.
Enfin, une concertation approfondie avec les représentants du personnel pourrait identifier les priorités de revalorisation et construire un consensus durable autour de ces réformes structurelles.
La Prime Ségur, bien qu’ambitieuse dans ses objectifs, révèle les complexités de la gestion des ressources humaines dans le secteur public. Entre bénéficiaires satisfaits et exclus frustrés, cette mesure illustre les défis d’une réforme équitable de la fonction publique. Les évolutions futures devront impérativement prendre en compte ces déséquilibres pour préserver la cohésion et l’efficacité des services publics.



